Interview de Isadora Mara, dominatrice professionnelle

C’est dans la pénombre d’un espace événementiel, revisité en club libertin pour l’occasion d’une soirée Maison Pourpre, que nous l’avons aperçu pour la première fois. Un body en latex, des cuissardes et le regard cerné de noir sous un masque, la domina professionnelle Isadora Mara nous envoute instantanément. Nous avons naturellement voulu en savoir plus. Dans une interview, la dominatrice est revenue sur son parcours, ses premières fois, son expérience et ses goûts sexuels.

Lou : Qui es-tu avant de devenir domina professionnelle ?

Isadora : Déjà, avant de devenir professionnelle, j’étais domina tout court. En fait,  j’ai toujours été attirée par une sexualité alternative depuis l’adolescence. La sexualité dite « normale » m’a vite ennuyée, comme s’il me manquait quelque chose. Par contre, j’étais quelqu’un de très timide. C’est aussi la raison pour laquelle j’aspirais à devenir une femme forte, comme les femmes que j’admirais, en littérature notamment. Et finalement, tout s’est fait assez naturellement. Je suis montée à Paris pour mes études et tous les mondes se sont ouverts.

Lou : De quels mondes parles-tu ?

Isadora : Des mondes de la nuit et du sexe que j’ai très vite intégrés. J’ai fait mes premières soirées BDSM autour de 24 ans et ça a été comme une révélation. J’ai commencé à avoir un premier soumis que je voyais régulièrement. Puis, j’ai fait plus de soirées et je me suis très vite intégrée dans la communauté. En 4-5 ans, j’ai vraiment pratiqué en tant que domina mais sans être professionnelle. Pour moi. Avec plusieurs soumis et soumises.

Lou : Et quand est-ce que tu t’es dit que tu avais envie d’être professionnelle ?

Isadora : Vers mes 28-29 ans, je me suis dis que j’avais envie que cette partie de moi prenne une place plus importante dans ma vie. Je me suis rendue compte que c’était vraiment une passion à part entière donc je me suis dis pourquoi ne pas en faire un métier en me professionnalisant. J’avais déjà plusieurs années d’expérience et des retours très positifs. Je me suis lancée.

Lou : Comment t’es-tu formée en complément de ton expérience ?

Isadora : Ce n’est pas évident de se former à ça parce qu’il n’y a pas d’école ou de formation officielle, même si, entre nous, on essaie de mettre en place des choses. Par exemple, je propose des coachings pour des hommes qui ont envie de se professionnaliser ou pour des femmes qui ont envie d’inclure du BDSM dans leur vie. Mais quand je me suis lancée, ça n’existait pas donc j’ai appris en pratiquant et en observant des dominas plus expérimentées que moi. On ne se rend pas compte mais cela demande énormément de temps de se former. Pendant des années, je suis allée à toutes les soirées, j’ai parlé avec tout le monde et j’ai noué des relations de confiance avec des gens qui ont accepté de me transmettre leur savoir.

Lou : Es-tu beaucoup en relation avec d’autres dominas ?

Isadora : Oui, j’ai tout un réseau de collègues, qui me fait beaucoup de bien parce que c’est important de se soutenir dans ce métier qui n’est pas toujours facile. On ne se rend pas compte mais on donne beaucoup de notre personne, de notre énergie aux clients que l’on reçoit. Avec une collègue, nous avons aussi créé un réseau de dominatrices professionnelles. On se retrouve dans des bars pour échanger, rigoler, se former et aussi ne pas se sentir seule.

Lou : Te souviens-tu de ta toute première fois en tant que dominatrice professionnelle ?

Isadora : C’était terrifiant ! Je n’étais clairement pas aussi assurée que maintenant. En plus, c’était un homme très très riche qui m’avait booké à l’hôtel Raphaël, l’hôtel le plus cher de Paris, dans une suite à plusieurs milliers d’euros alors que moi, j’avais encore des tenues un peu cheap. Je me suis retrouvée seule avec lui dans cette suite pour plusieurs heures qu’il me fallait meubler. Et la première fois que tu es payée, ce n’est pas évident à assumer.

Lou : Combien de soumis.es as-tu aujourd’hui ?

Isadora : J’ai choisi de pratiquer le métier de dominatrice en variant mon activité, c’est-à-dire que je ne voulais pas devenir une usine à clients mais je voulais garder le choix de mes clients. Donc je vois à peu près quatre personnes par semaine.

Isadora Mara dans son rôle de dominatrice.
Tout se passe parfois en un seul regard. Crédit photo : Jeremy Adonis.
Lou : Comment te contactent-ils ?

Isadora : Le plus gros apport de clients, c’est quand mon site Internet et mes réseaux sociaux mais il arrive également souvent que les gens profitent que j’aille en soirée pour me voir en vrai, pour faire ma connaissance.

Lou : Et comment choisis-tu tes soumis ? Quels sont tes critères ?

Isadora : On ne va pas se mentir, il y a déjà la barrière de l’argent. Je demande un certain tarif, qui est normal. Je ne suis pas au-dessus des tarifs de mes collègues mais c’est un tarif assez élevé que tout le monde ne peut pas se permettre. Ensuite, mon choix passe énormément par le premier contact à l’écrit. Je suis très sensible à l’écrit, à l’orthographe et à l’élégance de l’écriture. Certaines de mes collègues sélectionnent leur soumis avec un questionnaire très précis, voire un QCM. Moi, je ne fais pas ça parce que j’aime bien justement voir comment la personne s’exprime et ce qu’elle choisit de me dire. En fait, ils doivent rédiger une candidature pour avoir l’honneur d’être mes soumis.

Lou : Le physique compte-t-il ?

Isadora : Ah non, absolument pas. J’ai énormément de critères mais pas celui-là.

Lou : Et quelles sont tes préférences dans tous les jeux BDSM que tu proposes ?

Isadora : J’aime bien qu’on me demande des choses qu’on ne me demande pas souvent parce que j’aime bien changer. Et ce qu’on ne me demande pas souvent, ce sont tous les jeux autour de la douleur et les jeux médicaux. Par exemple, les jeux d’impact ou le fouet. J’adore aussi les gens qui viennent avec des scénarios en tête mais en me laissant la liberté de composer un truc autour. Après, je suis bon public dans le sens où j’aime quand même beaucoup de choses !

La dominatrice et son soumis en plein jeu de domination / soumission.
Isadora et son mari. Crédit photo : Marine Fau.
Lou : Ton activité de domina professionnelle a-t-elle changé quelque chose à ta propre sexualité ?

Isadora : Oui. Avant, je n’étais pas forcément en couple avec des gens du milieu mais quand je suis devenue domina professionnelle, c’est devenu impératif. D’ailleurs, je suis actuellement en couple avec un de mes soumis. Enfin, on va même se marier ! Donc le BDSM fait pleinement partie de ma sexualité. Mais, j’ai toujours aussi une sexualité « vanille ». Pour moi, c’est important, elle fait partie de mon équilibre. Je fais donc aussi des soirées pyjama et missionnaire !

Lou : As-tu d’autres activités ?

Isadora : Je vends également des vidéos, sur des plateformes et sur mon site Internet, ainsi que des accessoires fétichistes. Je réalise parfois des performances sur scène, je fais des interventions en clubs et des workshops et pour finir, je donne des coachings autour du BDSM à destination de couples ou de femmes seules.

Lou : Te vois-tu faire ce métier toute ta vie ?

Isadora : Oui. D’autant que c’est un métier où le physique, même s’il compte, n’est pas aussi important que pour les autres métiers du travail du sexe dans le sens où on apprécie des domina plus âgées avec une grande expérience. Une femme de 60 ans, très élégante, toute en latex va être aussi très recherchée. En revanche, c’est plus compliquée de vieillir quand tu es escort.

Vous pouvez retrouver votre dominatrice par ici :

https://www.instagram.com/isadora__official/

https://dominatrice-isadora.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut