C’est en juillet 2023 que Gaëlle, avec son comparse Maximilien, lance son podcast, La Commu du Q : des entretiens sans filtre et sans jugement qui donnent la parole à toutes les pratiques et laissent place à toutes les sexualités. A l’instar de ses interviewé.e.s, elle s’est, à son tour, prêtée au jeu des questions. Une interview que nous avons évidemment menée sans tabou.
Lou : Comment l’idée de la Commu du Q est-elle née ?
Gaëlle : J’étais responsable marketing dans une boîte à l’origine et il y a un an et demi, j’ai pété un câble ! J’ai eu envie de me reconvertir. Et comme je suis passionnée par la sexualité, c’était un peu une évidence de devenir sexothérapeute. J’ai donc suivi une formation, suite à laquelle je me suis demandée comment me faire connaître. Je fais aussi du théâtre d’improvisation à côté et un pote du théâtre m’avait invité sur son podcast et j’ai adoré l’exercice et ma voix au micro ! Je décide alors de lancer mon podcast sur le cul avec Maximilien, un autre pote du théâtre, à qui j’ai proposé d’être la voix masculine. En gros, il doit juste écouter les gens et rebondir.
D’où te vient ta passion pour la sexualité ?
Je me suis rendue compte que je n’avais aucun tabou là-dessus. Quand je fais des soirées avec des potes, je peux faire des blagues salaces, dire des mots crus ou parler de positions ! Et à chaque fois, les gens ont cette pudeur insupportable ! Alors qu’on devrait pouvoir parler de sexe librement, sans tabou, comme de tout autre sujet ! En plus, avec ma formation de sexothérapie, c’est un sujet que j’ai l’impression de maîtriser. Je suis véritablement fascinée par le sexe.
Tu commences, dans le premier épisode, avec un fétichiste des pieds. Il faut savoir que c’est le fétichisme le plus répandu mais ce n’est pas si commun comme sujet. Pourquoi ce choix ?
Un peu par hasard. C’est un mec que j’ai rencontré à travers des réseaux de vente de photos de pieds et je lui ai envoyé un message sur Instagram pour lui proposer de témoigner. Au début, il ne voulait pas trop en me disant que j’étais la seule personne à qui il s’était confié. Je me suis d’ailleurs dit que c’était fou de vouloir cacher ça comme s’il avait tué quelqu’un ! On parle en fait juste du fait d’aimer les pieds ! C’est ok d’aimer la levrette ou les pieds ! C’est là où je me suis rendue compte de la nécessité d’éclairer les gens, voire de les éduquer, même si c’est peut-être encore trop de responsabilités. Cet épisode a été le premier et objectivement, il n’est pas fou car il reste très pudique et peu expansif mais je le trouve tellement touchant car on sent que c’est la première fois que Lucas en parle et que c’est quelque chose d’extrêmement lourd à porter pour lui.

Le podcast parle de BDSM mais aussi de sexe, d’identité sexuelle et de genre, ou encore de relations au sens large. Comment choisis-tu tes sujets ?
Les sujets s’imposent un peu à moi. Après ce premier épisode, ce sont ensuite quelques amis qui m’ont donné leurs expériences. Puis, j’ai commencé à gagner des followers, à en parler autour de moi et à regarder les commentaires des réseaux sexo et à contacter des gens bien précis pour qu’ils me parlent de leur sexualité que j’avais repérée.
C’est comme ça que tu as eu les communautés libertines et BDSM ?
C’est plutôt quand j’ai commencé à rencontrer des gens un peu connus publiquement de ces milieux-là. Nous avons rencontré et interviewé Gaby et Ocho, de la Lib Family, qui nous ont fait entrer dans leur univers et nous ont ouvert à une grande communauté de libertins. Et concernant le BDSM, nous avons eu la chance de rencontrer Master Wolf via une amie de Max qui le connaît. Grâce à lui, on a eu une dominatrice puis la communauté BDSM de façon exponentielle. Nous avons aussi rencontré Apoutine, Déesse So Bitch et son mari et soumis Nathan, que nous avons plus tard interviewé, à Erosexpo, le salon de l’érotisme, en novembre dernier. Pour moi qui suis 100% vanille, je trouve toutes ces découvertes et ces rencontres fascinantes ! Et ça me donne envie d’expliquer aux “moldus” qu’il ne faut pas avoir peur de ces mondes-là ! Ce n’est pas parce que des gens lèchent des pieds, sentent des aisselles ou se font fouetter que ce sont des tarés !
Donc si je comprends bien, tu avais initialement juste envie de parler de sexe et les sexualités kinky, fétichistes, BDSM sont venues d’elles-mêmes ?
Oui ! Je n’avais pas pensé à un fil conducteur. Je suis entrée par l’histoire des pieds parce que j’ai eu l’occasion de parler de ça et que je pensais que ça pouvait être une bonne accroche pour un podcast sur le sexe. On ne rencontre pas des fétichistes des pieds tous les jours ! Enfin, il y en a beaucoup mais ils n’en parlent pas si facilement. Mais, à ce moment-là, je n’avais pas conscience de tout ce qui allait arriver après ! Aujourd’hui, je construis beaucoup plus mes podcasts et je vais me renseigner sur plein de sujets, comme les brats, mais je ne me suis pas dit que comme c’était alternatif, il fallait que j’en parle. C’est venu à moi plus que je ne suis allée chercher ces sujets.
En plus du podcast, tu fais aussi des contenus informatifs / pédagogiques sur Instagram, notamment pour parler de fétiches, de kinks et de paraphilies. Pourquoi ces sujets, peut-être encore plus alternatifs, sur Instagram ?
Je cherchais d’autres contenus à proposer et parfois quand je parle aux gens de munch ou de BDSM médical par exemple, je me rends compte qu’ils ne connaissent pas donc je trouve ça intéressant de créer de l’information dessus, même si ce n’est qu’une slide sur Instagram. J’ai construit ce contenu comme une sorte de “Le saviez-vous ?“ qui peut pousser la curiosité de certains à se renseigner. Même moi, je découvre des trucs, comme l’axilisme.

Et c’est quoi l’axilisme ?
C’est la fameuse attirance sexuelle pour les aisselles. Cela concerne tous ceux qui aiment sentir, embrasser ou encore lécher les aisselles de leur partenaire. Et il y en a plein qui aiment ça !
J’ai pu écouter quelques témoignages : celui d’Angèle, travailleuse du sexe, de Nathan, soumis et d’Erwan, dominant. Quelle est l’histoire qui t’a le plus touchée ?
Celui d’Angèle est aussi dur que touchant. Je pense aussi au témoignage de Corentin, ancien adepte de chemsex qui en est sorti. C’est un sujet qui m’avait vraiment touchée car c’était la première fois que j’étais confrontée à ça.
Il y a un épisode dans lequel un homme parle de son addiction au sexe depuis ses 10 ans et où il raconte sa première fois avec une petite fille, qui a elle aussi 10 ans, qui lui fait une fellation. On est forcément un peu troublé… T’es-tu mis une limite à ne pas franchir en matière de témoignages ?
Pour ce témoignage sur l’addiction au sexe, j’étais assez gênée. C’est dur parce que je ne veux pas sexualiser des enfants mais en même temps, j’avais envie que des parents entendent ça, qu’il y a un enfant qui a découvert le sexe à 10 ans avec une cassette porno qu’il a regardé en boucle et à travers lesquelles il a intériorisé le fait que les gorges profondes et l’éjaculation faciale étaient normales en matière de sexe. Ce témoignage montre juste qu’il faut parler de sexualité avec ses enfants ! J’ai envie que les auditeurs soient remués en entendant ça ! Je me souviens avoir dit à ma mère, à l’âge de 15 ans, que j’avais envie de faire l’amour.
Et quelle limite alors ?
Je me suis posée cette question au sujet des masculinistes. J’avais envie d’en interviewer un mais je me suis ravisée car j’avais trop peur de le recadrer et donc, de perdre ma neutralité. Je n’aurais jamais non plus un pédophile ou un zoophile. De toute façon, c’est illégal, même si on pourrait trouver évidemment. Ou encore un homophobe… En fait, je ne veux pas de témoignages susceptibles de blesser des gens.

Que penses-tu de la visibilité et de l’éducation au BDSM sur les réseaux sociaux ?
La visibilité est limitée et il est difficile de recevoir des informations du milieu BDSM, même en suivant des comptes sur le sujet. Je trouve aussi qu’ils sont très vite catalogués et qu’on tombe assez vite dans des clichés : cuir, collier, fessées et fouet ! Certes, ça existe mais il est loin de n’y avoir que ça dans le BDSM ! Sauf que pour le commun des mortels, le BDSM se résume à subir des coups de fouet, donnés par quelqu’un tout de cuir ou de latex vêtu.
Le BDSM est en fait largement résumé à l’impact. Y a-t-il d’autres clichés que tu trouves particulièrement tenaces ?
Oui, le fait que le BDSM soit souvent associé au sexe hardcore dans l’imaginaire collectif alors qu’en réalité, il y a très peu de sexe dans le BDSM ! Ce sont beaucoup des jeux. Très peu de pratiques incluent vraiment un rapport sexuel. D’ailleurs, tu peux pratiquer avec un homme ou une femme et désexualiser complètement le genre. Le BDSM est loin d’être orgiaque.
Le témoignage d’Erwan, qui parle d’une sortie du milieu BDSM, n’est pas si commun et m’a fait penser que parfois, la sexualité BDSM est même jugée comme une pathologie dont il faudrait se défaire. C’est un peu le cas dans le film Baby Girl, qui vient de sortir au cinéma, lorsque Nicole Kidman parle du “monstre en elle” pour désigner ses penchants BDSM.
Concernant Erwan, sa sortie est plus liée à sa peur du manque de contrôle de lui-même qu’au fait de se dire qu’il n’est pas normal. Il assume totalement sa sexualité BDSM. D’ailleurs, il n’exclut pas le fait d’y retourner. Il s’interroge pour l’instant sur sa peur de trop repousser les limites fixées par les partenaires avec lesquelles il pratique, ce qui est plutôt sain.
“C’est le soumis qui domine tout dès le départ” : c’est la phrase que je garderais si je devais n’en garder qu’une. Et toi, ce serait quoi ?
J’aurais pu dire exactement la même chose ! Mais peut-être que je dirais qu’il faut vraiment accepter toutes les sexualités et lever plein de tabous. Ça sonne un peu bisounours mais c’est l’idée !
Pour écouter le podcast :
https://linktr.ee/la_commu_du_q
https://www.instagram.com/la_commu_du_q?igsh=Y3ZneTg2MGd6cGRj





