Exposition Greg Kozo et Fabrice Labit

L’érotisme, en tant que matière à la créativité, est sans limites pour les deux photographes Greg Kozo et Fabrice Labit, réunis par Carlotta, pétillante directrice du club BDSM parisien Cris et Chuchotements, dans une exposition explicite ce mardi 11 février. Il ne fallait cependant pas s’attendre à du porno trash mais à des photographies à l’esthétisme léché, donnant une autre vision du porno. Libérateur.

Corps qui se mêlent dans une orgie.

Carlotta, la femme à l’origine du projet

Dans l’entrée du club, nous nous retrouvons derrière une grille sur laquelle un écriteau mentionne “Chien bizarre”, étonnante dichotomie avec la jeune femme qui nous accueille : Carlotta, directrice du club mais surtout, femme à l’initiative de cette exposition photo.

C’est dans un bar, il y a une quinzaine d’années, à Montréal, Le Belmont, alors qu’elle y est serveuse, que la jeune québécoise, rencontre Greg Kozo, artiste multiple, pendant sa tournée avec Make The Girl Dance, groupe qu’il formait avec Pierre Mathieu. Quant à Fabrice Labit, son “autre chauve préféré”, comme elle se plaît à le dire elle-même, c’est à Paris qu’elle le rencontre il y a 7 ans alors qu’elle est modèle photo. Deux photographes pour une femme, qui plus est travaillant régulièrement au club lors d’événements qu’ils immortalisent en photos, qui devaient alors irrémédiablement se rencontrer.

C’est Carlotta qui nous a présenté. Le courant est tout de suite passé et la connaissant, je savais presque déjà qu’on allait travailler tous ensemble car elle ne manque pas d’idées !”, ironise Greg. C’est ainsi que cette exposition voit le jour, hautement osée et déraisonnable à souhait, comme une sorte d’hommage au club qui l’accueille.

Femme dans un outfit BDSM.

Contourner la censure des réseaux sociaux

Si le domaine du porno est habituellement réservé au domaine de l’intime en solo, c’est quelque chose que l’on regarde chez soi caché sur son téléphone, il devient ici palpable dans un lieu, rendu public et ouvert à tous.tes pour l’occasion, sans dress code obligatoire. Et la directive de Carlotta a bien été respectée. L’idée était de montrer des images qu’on ne peut montrer nulle part ailleurs face à la censure présente sur les réseaux sociaux.

En contournant cette censure, qui bride les sexes et les tétons des femmes, tout devient dès lors possible. L’exposition devient un terrain de jeu merveilleux, un espace de liberté précieux qu’ont investi les deux photographes. “J’utilise constamment des stratagèmes pour censurer artistiquement et joliment mes photos, de manière à pouvoir les publier sur les réseaux sociaux. Là, je n’en ai plus besoin, je peux tout montrer. C’est vraiment libérateur”, propos de Fabrice que s’empresse de confirmer Greg. Et nous voulons bien les croire.

Le lieu est aussi propice à une grande liberté. Cris et Chuchotements, seul vrai club BDSM de la capitale pour les puristes, invite chacun à vivre sa sexualité librement, quels que soient ses kinks. On est tout de suite immergé dans l’univers du BDSM et paradoxalement, on s’y sent comme chez soi. La décoration feutrée est celle d’une maison (il y a même une bibliothèque), avec quelques accessoires en plus (BDSM oblige…) et une certaine âme. “Le lieu a un esprit, on sent qu’il s’est passé des choses. Et les gens ne vont peut-être pas regarder les oeuvres de la même façon que s’ils entraient dans une galerie d’art. Peut-être même que certains vont ressentir de l’excitation”, nous confiait Carlotta.

Corps qui se mêlent dans une orgie.

Montrer du porno différemment

De l’excitation peut-être, mais l’idée n’était pas de montrer du trash et du porno mais du beau tout en étant quand même explicite. Un défi magistralement relevé par les deux photographes. Ils ont réalisé des photographies à l’esthétisme léché, notamment par un grand travail autour de la lumière, sur laquelle ils se retrouvent. De cette manière, ils donnent une dimension artistique au porno. Une fille qui s’assied sur un sextoy devient beau et non vulgaire.

Le porno s’incarne ici magnifiquement dans des photos, ainsi que dans une vidéo de 15 minutes, de corps qui s’entremêlent dans un plan à plusieurs, des scènes SM, des morceaux de corps, ou encore des parties intimes ou des poses explicites. Quand les corps ne sont pas nus, ils se parent de lingerie et d’accessoires fétiches et le champ du BDSM est vaste. Outfits et pratiques de cet univers promettent eux aussi des photos variées.

Les trois complices s’accordent aussi sur le fait que l’exposition permet de découvrir le porno sous d’autres aspects que celui montré sur les sites mainstream dont la qualité est aujourd’hui, selon eux, dégradée. C’est donc également pour cette raison qu’ils ont fait le choix de photos léchées en face d’un porno cru et trash, souvent dépourvu de véritable sens esthétique.

Certaines femmes, que ce soit des modèles photo ou des actrices X, donnaient l’impression qu’elles redécouvraient leur image car elles étaient surprises de se voir comme ça. Parfois, dans des poses explicites, je baissais la lumière ou je la déplaçais sur une autre partie du corps que la zone intime et ça les surprenait. On ne sexualise plus un corps, on le met en valeur”, nous apprend Greg. Les trois amis, qui semblent s’être définitivement bien trouvés, ont désormais une envie certaine de prendre plus souvent des libertés. A suivre…

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