Yes écrit à la craie sur un tableau

Le consentement au coeur de la sexualité

Le consentement sexuel est l’accord donné pour participer à une activité sexuelle. Pendant longtemps, au sein des couples mariés, le consentement n’était pas questionné, l’acte sexuel étant considéré comme un “devoir conjugal”. Aujourd’hui, malgré les évolutions de la société occidentale, la notion de consentement est encore trop souvent minimisée.

Le consentement, le viol et la loi 

En l’absence de consentement sexuel, on parle de viol. En France, l’histoire de la criminalisation du viol est étroitement liée à la dépénalisation de l’avortement ayant. Durant le procès de Bobigny (1972), Gisèle Halimi, l’avocate d’une jeune fille accusée d’avoir avorté illégalement après un viol, mettait déjà en évidence les défaillances du système judiciaire qui préférait jusqu’alors condamner les femmes victimes plutôt que les hommes agresseurs. En 1978, dans le cadre de l’affaire Tonglet Castellano, elle assura la défense de deux jeunes filles belges violées à Marseille, ce qui conduisit à une nouvelle définition juridique du viol deux ans plus tard.

Aujourd’hui, selon l’article 222-23 du Code Pénal, est considéré comme un viol “tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte ou surprise”.

Il faut attendre la loi du 4 avril 2006 pour que le viol entre conjoints devienne une circonstance aggravante. 

Certains États comme la Californie et le Canada vont plus loin : pour eux, ne pas mettre un préservatif ou le retirer alors que le partenaire a consenti à une relation sexuelle uniquement à cette condition constitue un crime sexuel. On appelle cette pratique le stealthing.

Mains qui couvrent le visage

La sexualité féminine : entre tabou et culture du viol

Dans nos sociétés patriarcales, la sexualité féminine oscille constamment entre tabou et culture du viol. Le male gaze  est partout, dans les films jusqu’aux publicités, en passant par les jeux vidéo. Il hypersexualise pratiquement toujours les femmes pour les faire correspondre aux fantasmes masculins. En outre, les violences sexuelles, les relations abusives et la pédocriminalité sont parfois glorifiées dans la bouche de nos chanteurs favoris. 

“Je te veux confiante, je te sens captive
Je te veux docile, je te sens craintive
Je t’en prie, ne sois pas farouche
Quand me vient l’eau à la bouche”

Extrait de L’eau à la bouche – Serge Gainsbourg

« Quand tu es sortie de l’école
Tu m’as lancé tes p’tits yeux doux
Ah, petite, ah, petite
Je t’apprendrai le verbe aimer »

Extrait de Petite – Léo Ferré

« J’ai envie de violer des femmes
De les forcer à m’admirer
Envie de boire toutes leurs larme »

Extrait de Les villes de grande solitude – Michel Sardou 

Les stéréotypes de la « pute » et de la « fille farouche » qui au fond n’attend “que ça” tournent en boucle dans nos Playlists. La solution n’est pas obligatoirement d’arrêter d’écouter Gainsbourg, mais plutôt de prendre du recul avec les paroles que nous entendons et de ne plus les accepter dans le futur. 

Certains coachs en séduction renforcent eux aussi ces stéréotypes et nous confortent dans la culture du viol en proposant d’enseigner aux hommes le flirt et la sexualité à travers des méthodes qui laissent souvent à désirer. Ils abordent rarement le consentement et présentent leurs techniques de drague comme une science exacte, avec des règles immuables. Or, ne pas prendre en compte les envies et les limites d’une personne, c’est nier son individualité. Chacun et chacune d’entre nous traîne derrière lui·elle un bagage émotionnel, parfois chargé de traumas.

Me too : le patriarcat dans la tourmente

Depuis l’affaire Weinstein et le mouvement Me too, les consciences commencent doucement à s’éveiller et les mentalités à évoluer. Les femmes ne sont pas des biens et la sexualité n’est pas un dû. 

Toutes les femmes sont de potentielles victimes. Les féministes pointent du doigt le système patriarcal. Nous savons pertinemment que le violeur n’est pas forcément un psychopathe sur un parking et que le motif de ses agissements n’est pas la pulsion ou la misère sexuelle, mais sa volonté d’imposer sa domination ou son mépris envers les femmes. L’agresseur peut être un proche, une personnalité publique, un bon père de famille, un “homme à femmes” séduisant… Le recours à l’intimidation pour obtenir des faveurs sexuelles est condamnable au même titre que le recours à la force ou au GHB. 

Grâce aux féministes, le consentement dans son sens le plus large est à présent au centre de l’attention.

Homme riche en costard qui fume un cigare sur un canapé

Quelques chiffres sur le consentement sexuel

Voici quelques chiffres glaçants issus d’une enquête réalisée auprès de 96 600 femmes par l’association féministe NousToutes :

  • 9 femmes sur 10 ont déjà ressenti des pressions de la part d’un partenaire pour avoir un rapport sexuel.
  • 49% déclarent avoir subi des propos dévalorisants de la part de leur partenaire sur le fait qu’elles n’avaient pas envie d’avoir de rapport sexuel.
  • 1 femme sur 6 déclare que son premier rapport sexuel n’était pas consenti ni désiré.
  • 8 femmes sur 10 rapportent des faits de violence psychologique, physique ou sexuelle dans le cadre de rapports sexuels.
  • 2 femmes sur 3 déclarent avoir fait l’expérience d’actes sexuels non consentis, avec ou sans pénétration. Pour 64,8% d’entre elles, cela a eu lieu plusieurs fois au cours de leur vie.
  • Plus de 1 femme sur 4 déclare qu’il est déjà arrivé qu’un rapport sexuel se poursuive alors qu’elle avait demandé qu’il s’arrête.

Le consentement : la clé d’une sexualité saine

L’éducation au consentement dès l’enfance

Avec Internet, les jeunes sont exposés de plus en plus tôt à la pornographie. Or, l’apprentissage de la sexualité ne peut se faire par le biais de ces vidéos où le consentement des femmes n’est pas clairement défini et où la violence et la fétichisation sont monnaie courante. 

Il est  indispensable de sensibiliser les enfants et les adolescents au respect du consentement afin de les responsabiliser et leur faire prendre conscience qu’ils ont le droit de disposer de leur corps. Un dialogue ouvert, des cours d’éducation sexuelle et une littérature jeunesse adaptée sont autant de moyens d’y parvenir.

Le consentement n’est pas irréversible

Il n’y a pas de mal à draguer sans souhaiter conclure. Un “oui” peut également se transformer en “non” en cours de route. En matière de sexualité, il n’existe pas d’accord tacite ou de parole définitive. Nous sommes libres de donner notre consentement et de le reprendre quand bon nous semble.

Qu’est-ce que la zone grise ?

Ce que l’on appelle la zone grise serait une zone ambiguë et hésitante entre le “oui” et le “non”. Elle désigne une relation sexuelle consentie mais non désirée. Lorsqu’elle est liée aux pressions subies par la victime, elle s’apparente à une forme de violence sexuelle. Il est donc légitime de remettre en question la validité d’un consentement obtenu dans de telles conditions.

Par ailleurs, beaucoup d’agresseurs se servent de cette zone grise pour justifier leurs actes en employant des arguments tels que : “Elle n’a pas dit non”, “Elle avait l’air d’accord”, “Elle ne m’a pas repoussé”, “C’est elle qui m’a dragué”. Qu’il s’agisse d’une réelle méconnaissance du consentement ou de mauvaise foi, cela n’altère en rien la responsabilité du mis en cause.

Seul un oui clair, libre et éclairé peut être interprété comme une démonstration de consentement. Finalement, la zone grise n’est pas si grise que cela…

Femme qui tient un ballon no dans la main droite et un ballon yes dans la main gauche

Comment s’assurer du consentement de quelqu’un ? 

La communication et l’écoute

Le dialogue n’est pas un tue-l’amour, bien au contraire ! Si c’est vous qui entreprenez un geste ou une approche et que votre partenaire n’y répond pas, demandez-lui s’il ou elle souhaite véritablement avoir un rapport sexuel avec vous. Nous ne pouvons interpréter le silence. Choisir de l’ignorer, c’est faire le choix d’ignorer l’autre et risquer de passer à côté de son consentement. “Qui ne dit mot consent” est probablement le dicton le plus fallacieux qui soit ! 

De même, si pendant l’acte, le partenaire paraît soudainement distant ou mal à l’aise, il faut s’arrêter subitement et s’assurer qu’il est toujours consentant. Faire ce qu’on appelle “l’étoile de mer au lit” peut être une manifestation physique de terreur ou d’un manque de désir

Les comportements toxiques à bannir dans l’intimité

Voici une liste des comportements pouvant remettre en question le consentement et/ou le désir :

  • La violence physique
  • Les menaces
  • L’intimidation
  • Le chantage aux sentiments
  • La culpabilisation
  • L’insistance

La plupart de ces agissements sont de l’ordre de la manipulation et du harcèlement sexuel, voire de l’emprise psychologique.

N’oublions pas que la drogue et l’alcool peuvent aussi venir altérer le consentement. Une personne inconsciente ou qui ne tient plus debout n’est pas en état de le donner.

 

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