Aiyana : “Je porte ma ceinture de chasteté plus de 80% du temps”

C’est sa rencontre marquante avec Daniel, son partenaire de jeu et de vie, également fondateur de Neosteel, entreprise leader en matière de fabrication de ceintures de chasteté sur mesure, qui a amené Aiyana à la chasteté. Depuis, la jeune étudiante en psychologie ne s’en passe presque plus. Elle s’est volontiers livrée à nous sur son parcours dans le BDSM, la relation Total Power Exchange qu’elle entretient avec Daniel, sa position de switch, les idées reçues sur le BDSM, ou encore ce qu’implique le port d’une ceinture de chasteté dans sa vie quotidienne.

Lou : Tu es étudiante, modèle, créatrice de contenus, hôtesse… Tu as le temps de faire tout ça ?

Aiyana : Il est vrai que je suis très occupée mais je suis très investie et passionnée dans tout ce que je fais. Quoi de mieux !

Tu parles de chasteté sur Instagram. Comment la définis-tu ?

La chasteté est une pratique BDSM axée sur le contrôle des orgasmes et plus largement, de la sexualité. Elle est souvent imposée à l’aide de dispositifs, telles que des cages ou des ceintures de chasteté, ou encore l’hypnose, mais elle peut également être pratiquée sans aucun dispositif.

On pense généralement qu’elle se pratique à deux, avec un.e dominant.e et un.e soumis.e, mais il est possible de pratiquer seul.e et donc d’être sa propre domina avec la chasteté. Qu’en est-il de ton côté ?

C’est vrai que la chasteté peut être pratiquée seul ou à plusieurs. Par exemple, dans une dynamique de pouvoir, la clé du dispositif de chasteté – et donc le contrôle de l’orgasme – peut-être confiée au partenaire dominant, qui est alors détenteur de la clé. Dans des contextes sans dynamique de pouvoir, les deux partenaires peuvent s’enfermer et échanger les clés. Romantique, non ? Il existe de nombreuses façons d’explorer la chasteté, avec différents états d’esprit, correspondant à la dynamique personnelle de chacun. De mon côté, je pratique la chasteté dans le cadre d’un échange de pouvoir avec mon partenaire dominant.

Peux-tu me parler de ton parcours dans le BDSM ? Quand as-tu réalisé que tu étais attirée par cette sexualité ?

J’ai plus ou moins toujours eu un penchant. J’ai toujours été très fascinée par les “méchants” et attirée par eux. Tout a commencé par des béguins pour des personnages de films, de séries, ou de livres. J’aimais aussi me bagarrer de manière ludique. Me battre, perdre, me rebeller, me battre de nouveau, c’était mon truc ! J’ai eu mon premier petit ami à l’âge de 14 ans. Il était plus âgé que moi et me dominait, au lit comme dans la vie de tous les jours. Je n’avais aucune idée de ce qu’était le BDSM à l’époque, mais le laisser me diriger me semblait tout à fait naturel. Mais ce n’était pas malsain, il m’aimait et faisait toujours tout son possible pour me protéger et s’assurer que j’allais bien. Je trouvais ça agréable de pouvoir me libérer de mes responsabilités et de mes décisions et paradoxalement, ça m’a aidé à grandir de m’engager avec lui et de le laisser me façonner. Je viens d’une famille qui ne m’a offert que peu de soutien et de structure. Le fait qu’il me fixe des règles et que je puisse me tourner vers lui à tout moment en cas de problème était rassurant. Il m’a donné un sentiment de sécurité que je n’avais jamais connu auparavant. J’ai aussi apprécié les étapes de développement que j’ai franchies avec lui. Et le sexe était vraiment génial ! Il m’a vraiment tiré vers le haut et savoir qu’il faisait tout pour que je me sente bien et heureuse tant que j’étais bonne et obéissante était tout simplement une sensation enivrante.

Aiyana en sous-vêtements portant sa ceinture de chasteté.
La ceinture de chasteté d’Aiyana est sur mesure.
C’est cette relation qui t’a donc ouvert au BDSM ?

En quelque sorte, sans que je mette des mots dessus. Puis, après deux ans et demi de relation avec lui, nous nous sommes séparés. J’ai eu ensuite quelques relations, plus courtes, mais il me manquait toujours quelque chose, même si je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus. Puis, à 18 ans, je suis tombée sur le terme “BDSM” sur Internet, et ça a tout de suite fait tilt. Depuis, je fais partie de ce milieu.

Aujourd’hui, si j’ai bien compris, tu es dans une relation de domination/soumission, c’est bien ça ?

Je suis la partenaire soumise de Daniel, le propriétaire de Neosteel, et nous sommes dans une relation TPE (“Total Power Exchange”). Le mois prochain, nous fêterons nos deux ans de vie commune. Nous sommes aussi tous les deux polyamoureux, ce qui signifie que Daniel a une autre petite amie, et que j’ai quelques partenaires de jeu avec qui je m’engage plus ou moins régulièrement, sans pour autant avoir de relations sérieuses. De mon côté, je suis switch.

Une relation TPE implique de donner à l’autre un contrôle extrêmement important de sa vie, voire total. Qu’en est-il dans votre relation ?

Dans notre relation, Daniel a toute autorité sur ma sexualité et mes finances. Il a également le dernier mot sur toutes les décisions importantes de ma vie. Cependant, il s’immisce rarement dans ma vie quotidienne, bien que nous ayons établi des règles et des rituels.

Par exemple ?

Je l’appelle “Monsieur” ou “Maître”, je dors dans une cage la nuit et je lui envoie chaque soir une photo de moi agenouillée devant ma cage, ou encore il décide généralement des activités que nous faisons ensemble et du moment où nous les pratiquons. Dans les faits, il me demande quand même souvent mes préférences et je suis toujours libre de faire des suggestions ou d’exprimer mes souhaits. Ce type de relation exige une grande confiance mutuelle. Elle exige également que je réfléchisse régulièrement à ce que je ressens, à mes besoins et à mes désirs. Une communication ouverte et honnête avec mon Maître est essentielle, car sans elle, il ne pourrait pas prendre de bonnes décisions pour nous.

Pourquoi as-tu choisi la chasteté ?

Je ne l’ai pas vraiment choisie, c’est arrivé comme ça. C’est plus un penchant pour Daniel que pour la chasteté qui m’y a amené. Cependant, comme je suis très attirée par tout ce qui renforce la dynamique de pouvoir, j’ai vite appris à apprécier.

Aiyana, Daniel, son autre petite amie et de multiples ceintures de chasteté.
Aiyana, Daniel, son autre petite amie et de multiples ceintures de chasteté…
Il y a des choses que tu ne peux pas faire parce que tu portes une ceinture de chasteté ?

Je peux tout faire avec ma ceinture : du yoga, de l’équitation, du vélo, de l’escalade… Il m’arrive même de la porter au sauna. Comme la ceinture est posée directement sur la peau, le métal ne chauffe pas et reste à la température du corps, évitant ainsi tout risque de brûlure. Au sauna, j’enroule généralement une serviette autour de ma taille pour ne pas gêner les autres. Pour nager, je préfère porter un maillot de bain une pièce qu’un bikini. Mais, il faut que je précise que je supporte bien la ceinture et que ce n’est pas forcément le cas de tout le monde. Chacun est différent et a ses propres sensations.

Portes-tu ta ceinture tout le temps ? Et depuis combien de temps ?

J’ai reçu ma première ceinture, qui n’était pas sur mesure, à l’été 2023, que je ne portais que quelques heures à la fois, jamais toute une nuit. Puis, fin janvier 2024, j’ai reçu ma ceinture Neosteel sur mesure et je la porte plus de 80% du temps. J’ai même une vidéo sur mon compte Instagram avec mes statistiques détaillées de temps de port au cours de l’année écoulée !

Et c’est confortable ? Tu dirais que ça te procure quelles sensations ?

Je ne dirais pas que “confortable” est le mot juste. Il s’agit plutôt d’une légère pression constante qui s’intensifie à certains endroits selon mes mouvements. Parfois, c’est un peu inconfortable, mais c’est rare et généralement, de courte durée. Pour moi, c’est comme être tenue et j’apprécie vraiment cette sensation. Je la compare souvent à celle d’être enlacée que l’on ressent en portant un corset, même si, contrairement à lui, la ceinture, ne restreint pas les mouvements.

Quand as-tu décidé de parler de tout ça sur les réseaux sociaux et pour quoi faire ?

J’ai créé mon compte Instagram fin septembre 2023. Daniel m’a encouragée à me concentrer davantage sur la production et la promotion de mes propres vidéos plutôt que de travailler comme mannequin. L’avantage est que je dispose d’une plus grande indépendance en termes de temps et de contenu, ce qui me permet de me concentrer sur ce que j’aime vraiment. Dès le début, il était important pour moi de me présenter de la manière la plus authentique possible, car je n’apprécie pas la représentation souvent déformée et partiale du BDSM dans l’industrie du porno. Le BDSM est un terrain de jeu qui peut être risqué si les gens manquent d’informations pertinentes ou sont induits en erreur par de faux récits. En parler sur les réseaux sociaux implique une certaine responsabilité, que je prends très au sérieux. Je souhaite honorer cette responsabilité en contribuant non seulement à la visibilité et à la normalisation, mais aussi en fournissant des informations précieuses. Je le fais en prenant le temps de répondre aux commentaires sur mes publications, en créant des réels informatifs et en organisant régulièrement des questions-réponses. Idéalement, j’aimerais réaliser davantage de vidéos éducatives, mais pour l’instant, je manque de temps.

Aiyana en costume et ceinture de chasteté.
Qui a dit que costume et ceinture de chasteté n’allaient pas ensemble ?
Est-ce facile ou difficile d’avoir cette sexualité tout en étant étudiante en psychologie ? Tes camarades doivent tout le temps essayer de t’analyser ou ne pas comprendre ton choix, non ?

C’est à la fois facile et complexe, à bien des égards. D’un point de vue académique, ce n’est absolument pas un problème. La psychologie, notamment dans des domaines comme la sexologie et la dynamique relationnelle, reconnaît la diversité de la sexualité humaine, y compris le BDSM et le kink. Mes études m’aident même à mieux comprendre certains aspects de l’échange de pouvoir, du consentement et des mécanismes psychologiques qui sous-tendent les désirs et les relations. Socialement, la situation peut s’avérer plus complexe. Nombreux sont ceux qui ont encore des idées reçues sur le BDSM, le considérant même comme extrême, malsain, voire incompatible avec une vie équilibrée. Certains pensent que s’engager dans des dynamiques d’échange de pouvoir est contraire à la conscience de soi ou à la stabilité mentale, ce qui est simplement faux. En réalité, le BDSM, pratiqué de manière responsable, repose sur une communication solide, la confiance et le respect mutuel. Ma famille et mes amis connaissent mon mode de vie, tout comme certains de mes camarades de classe, mais pas tous. Je parle ouvertement de ma sexualité et de mon mode de vie lorsqu’on me le demande, mais je ne me donne pas la peine de le dire à tout le monde.

Que te disent ceux qui ne comprennent pas ton choix ?

On me dit souvent que c’est étrange d’accepter volontiers d’être soumise dans ma relation tout en étant indépendante dans d’autres domaines de ma vie. Pour ceux qui ont du mal à comprendre, j’insiste toujours sur le fait que le BDSM n’est pas une question de faiblesse ou de coercition, mais d’épanouissement personnel, de consentement et de connexion profonde. Je n’impose pas mon mode de vie à tout le monde, seulement avec ceux avec qui je le partage, et je n’hésite pas à écarter les gens qui ne m’acceptent pas. Il n’est pas nécessaire de tout comprendre ou approuver, mais il faut avoir la tolérance d’accepter que d’autres puissent vivre leur vie différemment de la nôtre.

Envisages-tu à l’avenir d’enrichir tes contenus avec tes connaissances en psychologie ?

J’envisage effectivement de le faire. Cependant, pour l’instant, je n’ai tout simplement pas le temps. Je suis très exigeante quand je crée du contenu. Je veux qu’il soit bien documenté et étayé par des sources scientifiques. Actuellement, mes études me prennent beaucoup de temps et malheureusement, le BDSM n’est pas au programme !

Vous pouvez retrouver Aiyana par ici :

https://www.instagram.com/aiyanas_world/

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