2025 a vu souffler un vent de bisexualité : Camille Teste et son magnifique livre “Embrasser la bisexualité”, Marguerite et son hit “les filles, les meufs”, Aymce et son titre délicieusement provocateur “Les Deux”. Enfin, la bisexualité se donne à voir. Longtemps invisibilisée, elle reste encore entourée de tabous, niée comme une orientation à part entière. En couple, la question semble vite dépasser l’orientation sexuelle. Nos interviewées ont toutes naturellement déplacé le débat sur une interrogation plus large, celle de la monogamie.
Un cadre bienveillant et sécurisant
Bien choisir ses partenaires…
Eve ironise : “C’est simple, pour bien vivre sa bisexualité en couple, il faut bien choisir ses partenaires !”. La jeune femme de 29 ans nous explique : “Plus sérieusement, il faut que la personne comprenne et l’accepte, sans fétichiser”. Et elle soulève un stéréotype biphobe important, le fait de réduire la bisexualité à un objet de fantasme sexuel, en particulier pour les femmes, et non à une véritable orientation sexuelle. Même si cela tombe un peu sous le sens, le choix du partenaire est donc crucial. Premièrement, parce que personne n’a envie que son.sa partenaire invalide son identité au quotidien, voire devienne un relais de violences symboliques liées à une fétichisation, une invisibilisation ou une incompréhension. Au départ, le partenaire de Liselotte prenait sa bisexualité à la légère : “Il pensait que je disais que j’étais bi parce que c’était la mode et que je voulais me la péter mais quand il m’a vu en orgie prendre du plaisir de ouf avec une meuf, il a changé d’avis ! Et il l’a très bien pris”. Deuxièmement, parce que la bisexualité en couple se vit à deux, même si elle ne concerne qu’une seule partie du couple. Emma a une technique bien à elle pour vérifier que son partenaire est “bi-compatible” : “J’ai toujours dit que j’étais bisexuelle lors du premier date, c’est généralement un très bon détecteur à red flags !”. En couple depuis quatre ans avec son partenaire, il lui paraissait de toute façon “normal de lui dire dès le départ” et que son partenaire l’accepte à 100%.
Communiquez (encore plus !)
Rien de très nouveau là-encore, mais la communication semble être une des clés pour bien vivre sa bisexualité en étant en couple. Alors, il n’existe pas de règle absolue, mais dire assez tôt qu’on est bisexuel.le permet quand même une clarté relationnelle et une certaine sécurité émotionnelle. Ce n’est pas comme de dire qu’on aime le jazz ou le crochet, il ne s’agit pas d’une information “neutre”. Cette information est en effet souvent un élément déclencheur de stéréotypes, de fantasmes, mais aussi de peurs et d’insécurités. Malgré le fait que la partenaire d’Eve l’ait tout de suite bien vécu, étant polyamoureuse, Eve comprend que la bisexualité peut provoquer des insécurités chez certaines personnes. Selon elle, il faut beaucoup en discuter et installer une relation de confiance. Et bien évidemment, continuer d’en parler pour nourrir un cadre transparent et sécurisant. La récente expérience à plusieurs de Liselotte l’a amené à discuter avec son partenaire, avec qui elle est mariée et en couple depuis 16 ans, et a (re)découvrir sa bisexualité. “Maintenant, nous parlons régulièrement de nos désirs ou de notre envie de faire l’amour avec d’autres gens. Bien sûr, nous avons mis en place un cadre avec des règles : une orgie par mois et pas d’histoires d’amour en dehors du couple, même si ça me frustre un peu car je pense que je suis polyamoureuse !”, nous confie Liselotte.
Une remise en question de la monogamie
Un choix avant tout
S’agissant de bisexualité, un autre stéréotype à la peau dure : l’idée selon laquelle les personnes bisexuelles ne seraient jamais satisfaites avec un seul genre. Ce préjugé repose sur une confusion fréquente entre orientation sexuelle et capacité à s’engager. Etre bisexuel.le ne signifie pas avoir besoin de multiplier les partenaires ou les genres pour se sentir comblé.e, mais simplement éprouver de l’attirance pour plus d’un genre. Comme pour toute autre orientation, le désir de monogamie, de polyamour ou de célibat relève avant tout de choix relationnels individuels, et non de l’orientation elle-même. Nos trois interviewées, Emma, Eve et Liselotte, ont fait le choix, en accord avec leur partenaire respectif, d’explorer avec d’autres, du même genre, ou non. Eve est en couple avec sa partenaire depuis deux ans et demi et sont en relation polyamoureuse non-monogame depuis le début : “On a d’autres relations, chacune de notre côté ou ensemble. Mais, je ne ressens pas automatiquement l’envie de mecs parce que je suis dans une relation homo. D’ailleurs, j’ai rarement envie d’un genre, mais d’une personne. Après, le choix a été rapide et facile pour nous, nous sommes toutes les deux polyamoureuses et je n’ai jamais été en couple monogame donc ce n’est pas ma normalité”. Pour elle, le fait de bien vivre sa bisexualité en couple est donc très liée au polyamour et à la non-monogamie.
Réinterroger la monogamie
Sans aller jusqu’au polyamour, Eve n’est pas la seule à remettre en cause la monogamie et l’exclusivité sexuelle. Depuis peu, Emma s’interroge également : “Je rattache aussi mon désir de relationner avec des femmes à une envie de sortir du modèle classique imposé du couple monogame, plutôt qu’à une conséquence directe de ma bisexualité. Avec mon copain, ça fait partie des raisons qui nous ont poussé à questionner notre monogamie. Actuellement, nous sommes au balbutiement d’une forme moins exclusive de notre couple”. Etre bisexuel.le ne conduit pas automatiquement à remettre en cause la monogamie, mais cette orientation semble en rendre la réflexion plus fréquente. Après réflexion, le sujet ne serait plus tant celui de la bisexualité mais celui d’un modèle de couple monogame intériorisé. La réponse de Liselotte à ce sujet est très évocatrice : “Même si j’étais en couple et hétérosexuelle, j’aurais quand même envie de coucher avec d’autres hommes ! Ça ne se limite pas à la question du genre : c’est aussi une question universelle, celle de la monogamie”. Alors, comment bien vivre sa bisexualité en couple ? La question pourrait se régler en s’affranchissant du cadre, en déplaçant les limites, et en ouvrant le couple et en vivant pleinement ses désirs. D’ailleurs, cela vaut-il seulement pour la bisexualité ? Rien n’est moins sûr.



